mercredi 27 avril 2011

A une amie...


Madame, Monsieur
Bonjour, je m’appelle Tatouhamé. Je vis dans un tout petit village de l’Afrique. Cette année, mon père est parti à la guerre, des soldats nous l’on ramené quelques jours après sont départ : il avait marchait sur une mine et ses deux jambes avaient été arrachées. Cette vision ne me quittera jamais. Il est mort de douleur en moins de 24h. Le mois dernier, ma mère m’a quitté aussi. Elle se privait de manger pour que je puisse me nourrir à ma faim. Je l’ai vu s’éteindre à petit feux mais elle refusait de me prendre la moindre part de notre nourriture. Elle est morte dans mes bras en me faisant promettre de rester fort.
Bonjour, moi je m’appelle Zoéliosa. Ma petite fille de 7 ans a été récemment enlevée par le village voisin contre qui nous sommes en guerre depuis des générations. Ses voleurs d’enfants nous ont fait comprendre qu’elle souffrirait du plus qu’ils le pourraient. Pendant une semaine, nous avons entendu ses cris et ses pleurs à longueurs de journée. Ce n’était plus des cris, mais des hurlements mais nous sommes en nombre inférieur et nous ne pouvions donc rien faire. Aujourd’hui, le silence qui règne dans nos deux villages en dit beaucoup plus que les cris d’agonie de la veille.
Bien sûr, je ne m’appelle ni Tatouhamé, ni Zoéliosa. Je n’ai ni perdu ma fille, ni perdu mes parents. Heureusement pour moi d’ailleurs. Je suis juste gay, et même si c’est loin d’être le pire des problèmes du monde, ce n’est pas facile tous les jours. Je me permets juste de vous écrire pour vous dire que sans le soutien de ma mère à ce sujet, je ne serais certainement plus de ce monde. Même si la plupart de mes amis m’ont soutenu du mieux qu’ils le pouvaient, rien ne remplace la force de l’Amour d’une mère.
Vous avez une fille merveilleuse : bien élevé, sérieuse, très intelligente, mature, et pourtant pas moins agréable, ni inintéressante, ni dépourvu d’humour. Nous sommes bien d’accord, elle a fait une erreur, je pense qu’elle le sait bien assez d’elle-même. Mais entre nous, qui peut se vanter ne n’en avoir jamais commise aucune ? Surtout dans le domaine des sentiments. Je pense que vous êtes en mesure de comprendre que lorsque l’on aime une étincelle s’enflamme très vite quitte à devenir un désastre.
Je comprends votre position, que cela vous blesse et que vous lui en vouliez. Mais elle a besoin de la douceur de sa maman pour la rassurer et la réconforter, et de la force de son papa pour avancer. Elle a voulu s’en sortir seule, elle n’a pas réussi, elle s’est tournée vers vous, vous l’avez repoussé. Que vous lui en vouliez est normal, mais je sais qu’elle a besoin de vous, de votre amour et de votre soutien.
Rien au monde ne peut remplacer l’appui qu’un enfant doit avoir sur ces parents, pas même tous les amis du monde, je le sais par expérience. Sans cet appui, les choses sont plus dures encore, et peuvent rapidement anéantir la vie de quelqu’un au point qu’il veuille la quitter. Imaginez quelques secondes que votre enfant, votre petite fille décide de partir. Définitivement. Ne vous en voudriez – vous pas de l’avoir laissé seule face à cette épreuve ? Je sais que vous êtes malheureusement bien placé pour savoir que cela peut arriver à n’importe qui et n’importe quand.
Elle savait qu’elle vous décevrez en vous annonçant les choses qu’elle vous a dite. Mais elle a mis en jeu toute la confiance et l’Amour qu’elle avait en vous. Elle souffre de votre abandon. Elle vous aime plus que tout au monde, et ça, je le sais. Je sais que vous l’aimez également, c’est votre petite fille chérie. Et rien ne pourra jamais vous l’enlevez. Mais aujourd’hui elle à besoin de ses parents plus que jamais. Elle vous a déçu mais il y a bien pire au monde qu’une erreur de jeunesse. Alors ne laissez pas ce faux pas détruire la plus belle chose qui soit au monde : l’amour immense qu’il existe entre parents et enfant.
J’espère que cette lettre pourra vous faire prendre conscience à quel point vous êtes indispensables à votre fille.En espérant que vous reviendrez vers elle, salutations.

Quelqu’un qui sait à quel point ses parents manquent à une petite fille et qui pense que cette fille manque tout autant à ses parents.
PS : Votre fille vous aime, et elle a besoin de vous.